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Appel urgent Juin 2015/2 - Mexique (Etat de Chihuahua)

Parodie d’enquête pour retrouver deux disparus

Intervenir avant le 30 juin 2015

Le 2 octobre 2012 vers 5 heures 10, à Ciudad Juárez, des hommes en civil, armés de fusils, ont forcé l’entrée du domicile d’Adrián où lui et son ami dormaient. Ils les ont fait sortir avec leur chemise sur le visage et pieds nus, puis les ont contraints à monter dans une voiture. D’après la tante d’Adrián, ces hommes, ces agents, soi- disant, de la police judiciaire de l’État de Chihuahua, n’ont montré aucun mandat d’arrêt. Par la suite, les autorités n’ont jamais reconnu détenir les jeunes gens. La disparition a été enregistrée, mais le témoignage de la tante accréditant une disparition forcée a été ignoré. L’enquête, confiée à la police et au ministère public incriminés par ce témoignage, patine. La famille et ses avocats du Centre des droits humains de Paso del Norte, partenaire de l’ACAT, ne sont pas informés.
Un juge des garanties, chargé de contrôler l’action du ministère public, a remis en cause la procédure. Le 7 août 2014, il a ordonné l’ouverture d’une enquête pour disparition forcée et demandé le transfert du dossier à un service de police sans lien avec l’affaire. Il a également exigé la présentation aux témoins de photos des agents en service la veille et le jour de la disparition. Malgré plusieurs rappels, les autorités responsables font fi des injonctions du juge, contournant toujours la procédure...
Les ravages de la « guerre contre le crime »
Au Mexique les atteintes aux droits humains ont considérablement augmenté depuis que Felipe Calderon a déclaré la guerre au crime organisé et au narcotrafic. Partout la population civile a payé un lourd tribut à cette stratégie militaire, tandis que la violence des bandes criminelles s’est maintenue. En décembre 2012, le bilan était d’au moins 60.000 morts, 26.000 disparus, 250.000 déplacés internes ainsi que des milliers d’autres, détenus arbitrairement et torturés.
Le président Enrique Peña Nieto poursuit cette politique. Les violations massives des droits de l’homme se perpètrent impunément.
Les bandes criminelles, directement mises en cause bénéficient de la complaisance ou de la complicité des autorités. Souvent, les disparitions suivent des arrestations illégales ou des détentions au secret avec pratique de la torture. De fait, l’État mexicain est coupable de ne pas procéder à des enquêtes.
Les cas de Chihuahua
Chihuahua est l’un des états les plus touchés par les disparitions et la torture. Début 2008, le président Calderón y a lancé l’une des premières « opérations conjointes », mobilisant des milliers de soldats et de fusiliers marins aux côtés de policiers fédéraux. Cette offensive a entraîné des milliers de violations graves des droits des habitants. Progressivement Ciudad Juárez, est devenue le centre névralgique du trafic de drogue vers les USA, champ de bataille de la « guerre des cartels ». Disparitions et assassinats de femmes (300 entre 1993 et 2003) y ont explosé.
Même si, depuis fin 2012, les militaires sont moins présents dans les rues, les abus des policiers et agents du ministère public continuent. Presque 1 250 personnes ont été portées disparues dans l’État entre 1993 et avril 2014. Entre les automnes 2011 et 2014, on recense 126 cas de torture, utilisée soit comme méthode d’enquête, soit pour extorquer de l’argent. Très souvent, les juges acceptent les aveux obtenus sous la torture, tandis que les médecins, craintifs ou corrompus, se taisent. En cas de plainte, le crime sera requalifié d’abus d’autorité ou de blessure légère.
Les défenseurs des droits de l’homme sont extrêmement vulnérables. Il arrive que la police fédérale perquisitionne illégalement les locaux d’ONG, ou, comme en mars 2012, que les ONG locales soient accusées de manipuler les victimes. Une certaine sécurisation du siège des ONG ne protège pas les défenseurs lors du trajet entre le domicile et le bureau, où les agressions sont considérées comme de la délinquance commune. Enfin, pour avoir dénoncé des tortures, d’anciens détenus libérés restent menacés. Parfois, comme Cristel Piña Jasso et son compagnon Leonardo Gilberto de la O, ils voient leur détention prolongée.
Lorsqu’une personne est arrêtée, enlevée par des agents de l’État ou par des individus privés, avec le consentement des autorités, que ces dernières dissimulent son sort, ou refusent de reconnaître ces faits, on parle alors de disparition forcée. Soustraits à la protection de la loi, extraits de la société, les disparus sont à la merci de leurs bourreaux. Le gouvernement se contente d’évoquer des personnes dont on a perdu la trace, incriminant les bandes criminelles sans enquête sérieuse, a fortiori si des agents de l’Etat sont impliqués...
(ACAT FRANCE)

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